Le gouvernement ne fait pas demi-tour. « Les panneaux avertisseurs de radar continueront d'être supprimés dans les jours qui viennent » : François Baroin, porte-parole du gouvernement, l'a affirmé hier à la sortie du Conseil des ministres. L'affaire serait donc entendue…
Après avoir donné l'impression, mardi, de céder aux députés en colère, le gouvernement a joué la fermeté hier. « Les choses sont claires et sans ambiguïté », a tranché Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy. Si tout le monde a bien compris ce qui allait se passer, les panneaux seront donc retirés « après l'avis d'une commission locale, en même temps que seront déployés des radars pédagogiques qui seront implantés de façon aléatoire et non systématique ».
« Erreur d'interprétation » Ce discours a surpris les députés UMP, qui croyaient avoir réussi à faire plier le gouvernement. Mardi soir, ils s'étaient en effet targués d'avoir remporté un bras de fer en obtenant un moratoire sur le démontage des panneaux signalant les radars fixes et le remplacement, à terme, de chaque panneau par un radar pédagogique.
« Erreur d'interprétation », a commenté hier François Baroin hier.
« Ce n'est pas nous prendre pour des imbéciles ? Il y a de quoi être en colère », s'insurge Yannick Favennec, député de la Mayenne. « Ça va finir par un printemps des députés, si le gouvernement continue à nous prendre pour des cons. » Élu de Charente-Maritime, Jean-Louis Léonard fait aussi partie des 80 députés qui ont signé la lettre adressée à François Fillon pour lui dire la « profonde exaspération de milliers de Français » après l'annonce des nouvelles mesures visant à lutter contre l'augmentation du nombre de tués sur les routes.
« Pas d'électoralisme » Pour lui, rien n'a changé. « On ne comprend plus rien, continue-t-il à répéter. Le gouvernement n'est pas clair. » Accusé, comme les autres opposants au démontage des panneaux, de monter au créneau en pensant à sa prochaine réélection, Jean-Louis Léonard s'étonne que l'on puisse croire qu'il pourrait se prêter à de telles manœuvres. « Nous ne faisons pas de l'électoralisme. Ça n'a rien à voir, assure-t-il. Le problème, c'est qu'il s'agit d'une fausse mesure, prise dans la précipitation. Si elle était utile, nous saurions la défendre. »
Comme ses collègues de l'Assemblée, le député de Charente-Maritime estime qu'avant d'annoncer la décision aujourd'hui contestée le gouvernement aurait dû faire effectuer un « vrai travail » sur les phénomènes à l'origine de la recrudescence du nombre de morts constatée depuis le début de l'année.
Malgré les déclarations de plusieurs membres du gouvernement, il veut croire qu'il n'est pas trop tard. Il espère que la mission parlementaire mise en place permettra enfin d'« y voir plus clair » et que le gouvernement saura « s'appuyer sur des études d'impact efficaces » pour arrêter un nouveau dispositif.
Permis à points Jérôme Cahuzac, député PS de Lot-et-Garonne et président de la commission des finances de l'Assemblée nationale, plaide plutôt, quant à lui, pour un retour à l'ancien. « Il faut, suggère-t-il, restaurer le permis à points tel qu'il existait et maintenir l'avertissement des automobilistes par la présence de panneaux, quitte à multiplier les radars dans les zones considérées comme accidentogènes. »
Article de Sud-Ouest du 26/05/2011