Menacée d'une baisse de ses subventions par l'État alors même qu'elle va réintégrer, cet été, le théâtre à l'italienne de la rue de la République entièrement rénové, La Coupe d'or voit son horizon s'éclaircir. Mardi 7 février, le député Jean-Louis Léonard, accompagné du directeur du théâtre, Vincent Léandri, a été reçu par le directeur de cabinet du ministre de la Culture, à Paris.
« Nous sommes ressortis du ministère avec l'assurance d'une convention triennale 2012-2014 assortie d'une subvention annuelle de 170 000 euros et d'un contrat de territoire de 25 000 euros annuels sur la même durée » (1), s'est félicité Jean-Louis Léonard. De quoi parler d'avenir avec le directeur du théâtre.


« Sud Ouest ». Alors, soulagé par la reconduction du soutien de l'État ?
Vincent Léandri. C'est une étape supplémentaire pour faire revenir l'État sur sa décision de désengagement. Le député s'est beaucoup battu, il engage sa parole et le fait savoir. J'en prends acte. Auparavant, le ministère n'avait pas daigné répondre ni au président du Conseil général, Dominique Bussereau, ni au maire de Rochefort, Bernard Grasset.
On vous sent très prudent…
Le feuilleton n'est pas fini et la décision, pas encore officielle. La parole ministérielle doit être suivie d'effets. Cela doit passer par la Direction régionale des affaires culturelles Poitou-Charentes qui attend depuis des mois la nomination d'un directeur… Il faut être sûr que l'eau versée dans le haut du tuyau arrive jusqu'en bas et ne parte pas ailleurs…
Vous paraissez très prudent et aussi très échaudé !
L'annonce du désengagement de l'État au printemps 2011 m'est apparue très injuste car La Coupe d'or arrivait au bout d'une aventure extraordinaire grâce à l'investissement d'une équipe de 12 personnes. La saison dernière, nous avons accueilli 17 000 spectateurs aux Fourriers ! Jamais, nous n'avions atteint une telle fréquentation dans le théâtre à l'italienne. La décision était injuste aussi car cela aurait amplifié le fossé qui existe entre La Rochelle et Rochefort. L'État avait déjà enlevé le tribunal à la ville, il devrait en plus affaiblir son théâtre ?
Un nouveau conventionnement sur trois ans, c'est de l'argent mais aussi un projet. Pouvez-vous en dire plus ?
La Coupe d'or est un théâtre soutenu pour son action en faveur du mélange des publics et de l'échange entre les territoires. Multiplicité des lieux de spectacles, grande proximité des artistes avec le public, soutien à la création en théâtre, musique et cirque… La Coupe d'or va continuer dans cette voie.
Nous visons les 23 000 spectateurs. Mais la quantité ne suffit pas. Sous les ors et le stuc du théâtre à l'italienne, la relation de proximité qui s'est nouée avec le public, aux Fourriers, depuis cinq ans ne doit pas se détériorer. Il faut toujours veiller à ne pas faire du spectateur un simple consommateur.
Le 13 janvier, La Coupe d'or a signé, pour trois ans, un contrat territorial avec le Pays rochefortais et l'État, avec à la clé 25 000 euros de soutien annuels. C'est la reconnaissance d'un travail de terrain ?
Effectivement. La Coupe d'or, c'est une salle de spectacle mais aussi tout un territoire. Ce contrat de territoire permet d'officialiser et de pérenniser l'aide de la Communauté d'agglomération du Pays rochefortais. Mais il ne faut pas oublier Saint-Pierre-d'Oléron et Marennes, des villes qui ont connu un vrai réveil artistique. Le contrat territorial a vocation à intégrer ces communes. C'est tout l'intérêt du maire de Marennes, Mickaël Vallet de monter au créneau pour défendre les moyens de La Coupe d'or ! De toute façon, il faudra un tour de table avec tous les partenaires.
La programmation de la saison prochaine est-elle déjà bouclée ?
Je sais déjà ce que je souhaite programmer jusqu'en décembre. Mais encore une fois, je suis mesuré. Je me refuse à annuler des artistes parce que l'État n'a pas confirmé son soutien au niveau auquel nous sommes depuis 2005, c'est-à-dire 170 000 euros (2). En contrepartie du maintien de sa subvention, le ministère va sûrement nous mettre la pression et exiger des axes de développement ambitieux… Qu'il le fasse ! Les exigences de l'État ne m'effraient pas.
Ambition artistique et travail sur le territoire : La Coupe d'or pourrait s'appeler Scène d'innovation pour le Pays rochefortais et le Pays de Marennes-Oléron. Cela refléterait ce que nous sommes et ce que nous faisons.
Pas de noms d'artistes encore dévoilés pour la saison prochaine… Mais un projet concret peut-être ?
Je souhaiterais organiser un événement artistique qui mette en valeur la compétence culturelle et aéronautique de Rochefort. C'est une ville qui a besoin d'élévation, de verticalité.
Cette manifestation pourrait s'appeler Nouvel Envol par exemple, avec des spectacles dans le théâtre et dans les usines, main dans la main avec la Sogerma, la Simair et d'autres entreprises du secteur aéronautique. Sur les chaînes de montage, les compagnons se parlent par gestes. Il y a du théâtre là-dedans !
(1) La Coupe d'or dispose d'un budget d'un million d'euros. En plus des 120 000 € de recettes de billetterie, le théâtre reçoit 420 000 € de la Ville, 170 000 € de l'État, 114 000 € du Département (dont 45 000 € pour le festival Résonances), 61 000 € de la Région, des soutiens de la Communauté d'agglomération du Pays rochefortais, des communes de Fouras, de Tonnay-Charente, de Saint-Pierre-d'Oléron, de Marennes… et du mécénat. (2) La Coupe d'or reçoit 170 000 € du ministère de la Culture depuis 2005, en euros constants. C'est-à-dire que l'inflation n'est pas prise en compte. Sur la base de 2 % d'inflation par an sur huit ans, la subvention atteindrait 195 000 €.