LETTRE OUVERTE A MONSIEUR DE PONCHALON
Monsieur le Président,
Je me permets, une fois encore, de vous exprimer ma surprise et je pèse mes mots, face à votre initiative incompréhensible autant qu’absurde vis-à-vis de la LPO, via le Crédit Agricole.
Depuis 2002, nous ne ménageons pas nos efforts au niveau parlementaire pour que la chasse et les chasseurs, mis à mal par les socialistes et leurs alliés, retrouvent leur place dans le débat de société.
Le Président de la République, loin d’éluder le sujet, a pris des engagements. Sans tarder, alors que ce n’est pas une préoccupation majeure des Français, il a tout mis en œuvre pour que s’établisse un dialogue apaisé.
D’abord, lors du Grenelle de l’environnement, puis par la mise en place d’une table ronde où pour la première fois, le monde cynégétique, les environnementalistes, les experts et les représentants politiques se parlent et ont construit en quelques mois à force de volonté et d’intelligence réciproques, une véritable instance de concertation destinée à devenir le lieu permanent de pilotage de la chasse de demain.
Cet équilibre fragile qui ne demandait qu’à se consolider et dont il allait sortir, sinon un consensus, mais au moins un premier accord majoritaire sur de nombreux points dont les dates améliorées, est aujourd’hui largement compromis.
Nous savions tous que le président de la LPO n’était pas venu s’assoir à cette table en chantant, compte tenu de la doctrine de son conseil d’administration, et de ses positions personnelles souvent fluctuantes.
Mais à aucun moment de nos discussions, il n’a manifesté d’hostilité, et cela sans doute grâce à notre volonté commune d’aboutir.
Je tiens à saluer l’attitude éminemment responsable et constructive tant de Monsieur THOMAS de votre bureau que des présidents BETTIG, SABAROT ou de Thierry COSTE qui ont su sur chaque sujet, éclairer le débat et prendre en compte les arguments des autres parties.
Sous l’autorité de mon collègue BIGNON, président de cette table ronde et avec mes collègues Véronique MATHIEU du parlement européen et Pascale GOT, nous avons passé de très nombreuses heures à organiser, voire arbitrer un débat quelques fois viril, mais toujours correct.
Or, sans même que vos représentants à la table ronde en soient informés, vous lancez dans le même temps, début juin, une offensive en menaçant ouvertement le Crédit Agricole, au seul motif que la banque a signé une convention avec la LPO, laquelle convention n’a d’ailleurs aucun lien avec la chasse.
Il n’en fallait pas plus pour rompre le fragile équilibre auquel nous étions parvenus et donner au président de la LPO une bonne raison de quitter le débat désormais faussé par ce coup de fusil dans notre dos.
Je m’interroge, Monsieur le Président, sur les raisons qui vous ont poussé à cette action.
Soit vous avez agi sous la pression des ultras qui considèrent que la concertation et la négociation affaiblissent la position de la Fédération.
Soit vous avez agi délibérément par conviction.
Dans les deux cas, vous ne pouvez nous empêcher de penser que l’objectif était de faire capoter cette table ronde avec pour seul but, rester dans le conflit. Le moins que l’on puisse dire est que vous êtes en passe de réussir.
Votre succès vous permettra peut-être de vous maintenir à la tête de la fédération, véritable « fromage » que les mêmes continueront à se partager.
Mais quelle sera la crédibilité d’une fédération qui non seulement bloque le débat, mais qui en plus agit contre l’intérêt de ses « mandants » ?
Je ne sais pas si le président de la LPO pensait que la table ronde reposait sur ses épaules et sur ses positions.
Si c’est le cas, il aurait bien tort de le penser. Mais par votre action inutile et non fondée, vous lui donnez le poids qu’il n’avait pas.
Vous pouvez toujours arguer du fait que la LPO n’a que 36000 adhérents alors que près de un million et demi de Français sont titulaires d’un permis de chasser. Ce serait méconnaître que, au delà du fait que bon nombre de chasseurs ne se reconnaissent pas dans la FNC, les soutiens de la protection animale sont infiniment plus nombreux que ceux qui partagent notre passion ou qui s’en sentent proches.
Voilà pourquoi, Monsieur le Président, votre action contre la LPO est un mauvais coup pour les chasseurs et la chasse en général.
Je pensais vous avoir fait partager ce sentiment lors de notre rencontre au groupe chasse de l’assemblée nationale ; je me suis trompé et je constate que vous ne m’avez même pas écouté. Par votre attitude, vous nous rendez la tâche chaque jour plus difficile.
Avec Jérôme BIGNON et mes collègues, nous allons essayer de mener à bien nos travaux. Mais désormais, il sera difficile d’attribuer le blocage du dialogue à la seule position d’une association de protection.
Vous en porterez la plus grande part de responsabilité.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments distingués.
Jean-Louis LEONARD